Généralités Les œuvres de Vincent VAN GOGH
Depuis la mort de Van Gogh.
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Depuis sa mort (Van Gogh).
L'histoire de la peinture au XIXe siècle révèle ce fait singulier, que les artistes les plus méprisés à leur apparition auront ensuite obtenu la renommée la plus certaine et la plus étendue. Le cas de Cézanne d'abord, puis celui de Van Gogh en témoignent.
Nous avons raconté comment Van Gogh avait été absolument ignoré dans son pays natal, lorsqu'il y vivait et y produisait ; nous avons montré comment, lorsqu'il développa à Paris, Arles et à St-Rémy cette partie de son œuvre exécutée dans la donnée claire et colorée de l'impressionnisme, il était resté incompris et méconnu ; enfin, à sa mort, en 1890, il n'avait recueilli l'adhésion que d'un tout petit noyau d'amis, restreint à la France. Il faut voir maintenant le changement qui s'est accompli en sa faveur et comment il se trouve maintenant placé au premier rang des artistes originaux du XIXe siécle.
Quelque temps après la mort de Van Gogh son ami Emile Bernard, comme accomplissant un devoir pieux, était allé demander une quinzaine de ses toiles au père Tanguy. Il les avait exposées chez Le Barcq de Boutteville, un marchand qui s'efforçait de trouver des acheteurs aux productions des artistes dédaignés. Cette modeste exposition ne pouvait avoir prise sur le public. Elle n'avait pas plus de résultat, pour le renom de Van Gogh, que n'en n'avait eu antérieurement la montre de quelques-uns de ses tableaux aux expositions des artistes indépendants.
La publication de ses lettres à son frère Théodore et à Emile Bernard par le Mercure de France, entre 1893 et 1897, commença à le mettre en vue, mais elle apprenait seulement qu'il était doué d'un véritable talent littéraire et l'artiste restait méconnu. Il fallut des années d'un obscur travail préparatoire avant que l'on pût prétendre à appeler fortement l'attention sur l'œuvre de Van Gogh par des expositions.
C'est à MM. Bernheim-Jeune que l'on doit la première de ces expositions, exposition qu'on peut dire décisive, car elle ouvrait le chemin. Elle eut lieu en mars 1901, rue Laffitte, et comprenait soixante et onze œuvres, provenant des sources diverses. Une telle exposition, en plein centre artistique, allait exercer une action durable. La préface du catalogue était de Julien Leclercq. On n'avait encore vraiment parlé de Van Gogh qu'au Mercure de France, où Albert Aurier, mort depuis, et Emile Bernard avaient inséré des articles louangeurs. Cette préface venait, dans des circonstances favorables, donner au public des notions provisoirement suffisantes sur la vie et l'art de Van Gogh.
Après cette exposition, l'intérêt excité par les œuvres du peintres ne pouvait qu'aller croissant. En 1908, MM. Bernheim-Jeune jugèrent le moment venu pour une seconde exposition. Cette fois ils montraient, dans leur galerie de la rue Richepance et du boulevard de la Madelaine, cent tableaux, pris parmi ceux que Théodore Van Gogh avait accumulés, alors qu'employé à Paris par la maison Goupil, il soutenait son frère. Les tableaux de cet ordre avaient été gardés en Hollande par la veuve de Théodore, qui en renvoyait maintenant une partie à Paris. A l'époque où cette exposition avait lieu chez MM. Bernheim-Jeune, M. Druet, rue du faubourg St-Honoré, en faisait une autre, en puissant dans les collections françaises ; puis, s'étant transporté l'année suivante rue Royale, il y faisait encore une exposition de tableaux de Van Gogh. Qu'il y eût, en si peu de temps, trois expositions consacrées à Van Gogh et très visitées, montre à quel point son œuvre avait progressé dans l'estime publique.
Ces expositions à Paris, avec les comptes rendus, les jugements, les louanges qu'elles sucitaient dans la presse, avaient porté le nom de Van Gogh hors de France. Nul n'est prophète en son pays, et Van Gogh était resté ignoré aux Pays-Bas. Le bruit fait en France y attirait sur lui l'attention. Des hommes surent alors l'apprécier, qui bientôt se montrèrent jaloux de le placer au niveau des anciens maîtres hollandais. Mais une telle prétention causait un véritable soulèvement. On revoyait à cette occasion, en Hollande, la même résistance qu'on avait vue en France, au cours du XIX siècle, chaque fois qu'un peintre original se produisant, il s'était agi de l'admettre comme l'égal des maîtres précédemment acceptés.
Vouloir élever Van Gogh à la hauteur des maîtres du XVIIe siècle, la gloire de l'école hollandaise, paraissait à la plupart une monstruosité. Vaincre une opposition de cette sorte, en prétendant convertir par des arguments ceux qui la dirigent ou y participent, est chose irréalisable. Les changements de goût ne s'accomplissent que lentement. Faire accepter, en revision, une forme d'art nouvelle par les hommes qui, à sa venue, l'ont repoussée est impossible. Ce n'est qu'en gagnant d'abord quelques adhérents, qui eux-mêmes feront des prosélytes, que l'on peut se promettre de faire admettre graduellement des œuvres originales, qui auront heurté le goût banal de la génération qu'elles venaient surprendre. Puis la seconde génération, les trouvant établies sous ses yeux, saura tout naturellement les apprécier et les comprendre.
Cependant, après le premier bruit fait en Hollande, la veuve de Théodore, maintenant remaniée et devenue Mme Bonger, qui avait conservé les œuvres de Vincent accumulées par son premier mari, jugea opportun d'en faire une exposition générale. Elle eut lieu au Stedelijk Museum à Amsterdam, en juillet et août 1905. L'art de Van Gogh était montré d'une façon complète. A la suite de cette exposition, les partisans devinrent plus nombreux, plus ardents et eurent à leur tête M.H.P. Bremmer, à la Haye. M. Bremmer s'est appliqué à faire connaître Van Gogh de toutes les manières. Il a popularisé son œuvre par une publication en livraisons illustrées, il a écrit un livre où il explique ses tableaux en détail, il a ouvert un cours d'esthétique, suivi par des auditeurs qu'il a conquis à ses idées et fait entrer dans les voies nouvelles.
Aujourd'hui, après les expositions de ses œuvres, la publication de ses lettres par Mme Van Gogh-Bonger, le travail, sous toutes les formes, de ses partisans, parmi lesquels il faut ranger M. de la Faille, il n'est personne en Hollande qui puisse ignorer Van Gogh. La divergence d'opinions existe toujours à son égard. Les innovateurs veulent le mettre au niveau des maîtres du passé, les traditionnalistes s'y refusent. Mais la résistance des traditionnalistes faiblit. Les innovateurs l'emportent.
Théodore DURET
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Extrait de - Van Gogh par Théodore DURET (Edition définitive) 1924 - Bernheim-Jeune
DURET, Théodore (Saintes, 1838 ~ Paris, 1927)
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